Alexandra’s project, de Rolf de Heer

Excellent thriller australien de 2007. Douglas Kennedy pourrait en avoir écrit le scénario *. Une histoire ordinaire, un événement du quotidien qui tourne au cauchemar. Un type qui tombe de haut, de très haut.

C’est le jour de son anniversaire. Le matin, sa femme a l’air de lui faire des cachotteries. Il met ça sur le compte de la nécessaire surprise qui l’attend le soir même. Il aura effectivement une surprise, mais pas celle qu’il imaginait…

Une farce cruelle, qui peut faire réfléchir les couples installés dans une forme de routine…

 

 

Celui qui attendait une jolie fête : Gary Sweet

Celle qui lui a fait une vraie surprise : Helen Buday

 

*A rapprocher par exemple des « Désarrois de Ned Allen »

 

Jude, le film de Michael Winterbottom

L’adaptation de ce roman de Thomas Hardy que j’ai tant apprécié. Avec Christopher Eccleston et Kate Winslet. Belle évocation de l’Angleterre de la fin XIXème. Le film est très fidèle au roman.

Une scène de bonheur (le couple court sur une plage et joue à se taquiner en se fouettant avec des algues pour rigoler) m’a fait penser à la fameuse course sur une plage enneigée de « the eternal sunshine… », la dernière scène du film. En y repensant il m’est revenu à l’esprit que c’était déjà Kate Winslet…

Seul gros bémol, sur ce DVD, deux versions, française et anglaise, et pas de sous-titres… Curieux.

 

City of life and death, de Chuan Lu

La city en question, c’est Nankin, prise en 3 jours par les troupes japonaises, lors de leur conquête de la Chine, en 1937. Le film est une reconstitution historique nickèle, je ne sais pas comment ils ont fait pour figurer les remparts de la ville médiévale, lentement écroulés par les obus japonais, et qui forment le décor du film, c’est très impressionnant.

Il y a d’abord la « liquidation » des poches de résistance chinoises, puis la « gestion » des survivants. Et là c’est l’horreur. Le film est un long répertoire de toutes les cruautés qu’on peut faire subir à des prisonniers. Je comprends qu’on puisse avoir besoin de ressusciter les souffrances de ses ancêtres (le film est chinois et annonce dès les premières images, qu’il est dédié aux dizaines de milliers de morts de Nankin). Mais, sachant déjà comment, par des lectures antérieures, les japonais ont été effectivement incroyablement cruels (et avec raffinement) chez les chinois, je n’ai pas apprécié  ce tunnel des tortures.

Un film en noir et blanc, très esthétique, moultement primé, de 2010.

 

Chronicle, de Josh Trank

Au début, on ne voit pas ce qu’il peut y avoir de fantastique là-dedans. Un grand ado, timide et introverti, tête de turc d’autres grands collégiens imbéciles, passe son temps à faire des vidéos de tout ce qu’il voit. Un soir, pendant une fête, il descend avec des potes dans une cavité bizarre, au milieu de bois, et au bout d’une galerie qui a l’air d’avoir été récemment creusée, les 3 jeunes tombent sur une structure phosphorescente qui a vaguement l’allure de cristaux énormes entremêlés. A l’intérieur se meuvent des formes curieuses, qui ne ressemblent à rien. Ils réussissent à fuir, non sans avoir subi de la part de la bête lumineuse, une forme d’agression physique dont ils ne découvriront les conséquences que les jours suivants…
Les trois jeunes se voient dotés de pouvoirs sur les objets physiques proches, puis sur leur propre corps mais aussi les personnes alentour. Ils en useront avec grand plaisir tout d’abord, puis en abuseront, surtout l’un des trois ados qui semble avoir subi des doses plus fortes que les autres, lors de l’attaque souterraine…

Un film étonnant, avec des effets spéciaux géants.

L’ado dérangé (Dane DeHaan)

Carnets de voyage, de Walter Salles

Pour quelle raison un ami proche m’offrit-il récemment ce DVD, qui ne tombit cependant point como un pelo en la sopa, il s’en faut de quelques préparatifs, je vous le demande ?

J’avais parcouru le livre il y a des lunes de cela, en anglais (The motorcycle diaries), ce qui était une idée plus sotte que grenue, compte tenu qu’il avait été écrit en espagnol par Ernesto Guevara lui-même.

Le voyage de Guevara et de son ami Alberto Granado se passe en 1952. Pas facile de restituer les lieux d’il y a plus de 50 ans (le film est de 2004), même si beaucoup de scènes sont tournées sur les pistes poussiéreuses de Patagonie et des pays andins. Mais il y réussit et Gael Garcia Bernal, le Che réincarné, est vraiment crédible. J’ai regardé les photos de l’époque pour comparaison, et avec son compagnon (joué par Rodrigo de la Serna), ils sont convaincants, au moins sur image fixe.
Une bonne petite balade de deux heures, où l’on voit poindre chez les voyageurs, les préoccupations de justice sociale qui les transformeront en activistes révolutionnaires. Alberto Granado a rejoint Cuba après la victoire de la révolution, y a fondé une école de médecine et y a vécu jusqu’à sa mort en mars 2011.

Le passage d’Argentine en Chili, par le lac Nahuel Huapi…

 

Le périple :

 

Merci O. (des plaines)

Alceste à bicyclette, de Philippe Le Guay

C’est une confrontation au sommet, Luchini contre Lambert Wilson. Un face-à-face qui menace constamment de virer à l’affrontement. Lambert Wilson (Gauthier Valence), un acteur célèbre au meilleur de sa carrière, va chercher un vieil ami, Serge Tanneur (joué par Luchini), dans sa retraite de l’île de Ré, pour lui proposer un rôle dans le misanthrope qu’il souhaite monter prochainement. Cette espèce de huis clos où les personnages joués de la pièce de Molière finissent par exprimer les sentiments réels des personnages du film, n’est pas sans rappeler le dernier Polanski : « la Vénus à la fourrure »… Les acteurs en répétition se servent de leur personnage de théâtre pour exprimer des sentiments difficiles à avouer en réalité…

Maya Sansa apporte un contrepoint féminin et vient perturber ce duel en rompant des équilibres, les deux hommes tombant rapidement et également sous son charme. Le cadre de l’île de Ré hors saison crée une atmosphère rustique et naturaliste, qui convient bien à la nature des échanges humains, crus et comme dénués d’artifice, même si rapidement les masques tombent et que les acteurs s’avèrent au final pleins de duplicité, révélant des egos surdimensionnés…

Les bonus du DVD, intéressants, nous font découvrir un personnage qui est passé à la trappe dans le montage. Laure Calamy joue une amie/amante de Luchini. Le Guay explique dans les bonus que ce personnage féminin devait rendre celui de Luchini plus complexe, plus riche. Pas de chance pour l’actrice, les deux scènes, dont une où elle est  au lit  avec son chéri occasionnel, ont été coupées…

Le générique nous apprend que Emmanuel Carrère, un de mes auteurs préférés (de romans), a participé à l’écriture du scénario…

Luchini et Maya Sansa

Sorti il y a juste un an, en janvier 2013.

Obssession, de Brian De Palma

La réussite d’un film repose d’abord sur son scénario. Celui-ci est nickel, qui maintient constamment l’intérêt du spectateur avec un art du suspens consommé, et des coups de théâtre magistraux. J’aime particulièrement que le film revienne sur des scènes qui ont berné le personnage principal, comme le spectateur. Un détail, une partie de l’action qui avait échappé à tout le monde est mis en lumière dans un flash back, et la construction du récit devient vertigineuse.

C’est aussi l’occasion d’une petite virée dans la Florence médiévale…

« Ayant vu sa femme mourir faute d’avoir payé la rançon exigée par leurs kidnappeurs, Michael Courtland, homme d’affaire américain, rencontre un jour en Italie une femme lui ressemblant comme deux gouttes d’eau. Malgré les avertissements de son entourage, il y voit une seconde chance qu’il ne veut pas laisser passer. Au risque de réveiller un passé douloureux… » (Allociné)

Sorti en 1976.

Lulu femme nue, de Solveig Anspach

Autant le dire de suite, c’est superbe, et plein de ces petites choses dans les relations humaines, qui donnent à la vie son sel le plus doux…
J’avais survolé le tome 1 de la BD de Davodeau (Les mauvaises gens, Rural, Les ignorants…) dont c’est tiré, et cela ne m’avait pas paru supérieur. Survol trop rapide… J’ai lu attentivement le tome 2 avant d’aller voir le film, et j’y ai bien retrouvé ce caractère sensible, observateur avec finesse de la nature humaine, qui caractérise Davodeau, toujours dans une perspective résolument bienveillante pour l’Homme. Avec une grande hache. Le film, très fidèle à la BD, conserve ces qualités.
Le mode de narration est quand même différent. Dans la BD, il y a une mise en abime du récit, qui est fait par des témoins, qui se racontent l’histoire entre amis.

Ce double niveau disparait dans le film. Le sort de la jeune serveuse que Lulu débauche (au sens propre) est aussi radicalement différent.
Karin Viard est magistrale, sans jamais en faire trop. Toute en nuance. Son personnage porte l’essentiel de l’intérêt du scénario : pourquoi une femme encore jeune, installée dans une vie assez tranquille avec trois beaux enfants et une vie de famille tout ce qu’il y d’a priori désirable, décide t-elle de tout plaquer pour une escapade de quelques jours, en mettant entre parenthèses jusqu’à ses enfants ?
C’est également un road movie régional, car tout se passe en Vendée. Curieusement, après « Ici-bas », où j’ai reconnu plein de lieux de Dordogne, y compris une célèbre guinguette, située à 400 mètres de chez moi, celui-ci s’installe là où je passe une partie de mes vacances, ce qui m’a paru extrêmement familier (la plage de Sion, entre autres, où je fais les photos de mer et de rochers). Cette errance qui finit par s’avérer positive, ressemble à celle des deux gaillards de « Western » (Sacha Bourdo et Sergi Lopez) qui tentent l’insertion dans le tissu breton.
C’est aussi vraiment drôle. Bouli Lanners qui joue Charles, le déclassé qui vole au secours de Lulu, forme avec ses deux frères (Pascal Demolon et Philippe Rebbot) un trio de choc façon Pieds Nickelés, très efficace. Leurs dialogues font vraiment penser aux inventions de Mackeieff-Deschamps (les Deschiens).
Je suis donc d’ac avec les critiques du film, qui sont excellentes dans la presse.

Dans la seconde moitié du film (le tome 2 de la BD), Lulu rencontre une femme âgée savoureuse (Claude Gensac)…

Lulu femme nue, la critique de L'Express

The descent, de Neil Marshall

Classé 39ème dans le palmarès des films d’horreur cité il y a peu ci-dessous.

http://www.timeout.fr/paris/films/les-50-meilleurs-films-dhorreur-40-31

Six filles font l’exploration d’une grotte inconnue, et se retrouvent coincées, suite à un éboulement. Non seulement elles vont affronter des bestioles d’un type inconnu, mais elles-mêmes ne vont plus être si copines que ça finalement, dans l’adversité…
J’ai eu peur, mais raisonnablement, de toute façon, j’ai mon doudou pour dormir.
sorti en 2005.

 

Un moment, l’une des deux survivantes prend un bain de sang, pour se cacher…

Ici-bas, de Jean-Pierre DENIS

Bon ben ça fait drôle de voir des amis dans un vrai grand film de cinéma. D’emblée que ça commence avec M. Burg, conteuse bien connue de chez nous (je dis « chez nous » comme si j’avais toujours été Dordogneux, alors que ça ne fait qu’un peu plus de deux lustres que j’y trime..), qui joue la mère de la religieuse ravagée d’amour et puis après le maquisard, là, il serait pas un peu comédien de métier, des fois par hasard, et intervenant en milieu scolaire ? Allez, Fabio, arrête tout, on t’a reconnu.

Sinon, l’intérêt du film réside dans le fait que c’est une histoire vraie, à Saint Pourçain, et même partout, finalement. La nonne a quelque chose de troppo, elle est cinglée d’amour pour un prêtre défroqué (et défroquant parfois, quand ça l’énerve), et résistant. Doublement car d’une, du maquis et de deux, il ne lui cède pas, sauf dans un moment d’égarement, où il lui fait des misères, comme pour vérifier que la virginité, ça peut se perdre en 45 secondes, ce qui est désormais prouvé.

Après , l’autre bien sûr, elle en a ras la cornette, surtout que son pas chéri s’égare dans les bras d’une autre, vilaine en plus. Elle vendra tout à l’encan de son désespoir, le réseau des résistants, et sa vie avec. La morale du film, c’est qu’il faut se méfier des bonnes soeurs, ce qu’on savait déjà.

Merci à O. (des plaines), pour cette heureuse suggestion, savourée en même temps que dattes, bières, soupe et chocolats, et comme y’en avait pas mal, on avait le choix dedans (je parle des dattes).