Je me souviens (21)

de l’odeur salée de la passion que j’ai eue pour une fille, collégienne que j’ai connue adolescent. Je crois être passé par toutes les affres de la passion crue. Plus tard, lisant les « fragments d’un discours amoureux » de Barthes, je reconnaissais précisément ce que signifiaient les descriptions de tout ce qu’endure l’amoureux transi.

 

Je me souviens (19)

qu’autrefois, dans des temps sans téléphone portable ni ordinateur, mon père, certain dimanche matin, aimait mettre un disque vinyl, presque toujours  le même : Musique sacrée de Jean-Christian Michel. Cela convenait au dimanche matin.

Un fait rigolo : la recherche Grooveshark sur le nom de l’artiste propose précisément (et uniquement) les titres de ce disque… Une petite madeleine ?

http://grooveshark.com/#!/search?q=Jean-Christian+Michel

C’était un geste rare, on écoutait peu de musique à la maison. Il y avait du reste peu de choix :

le concerto n°2 pour violon et orchestre de Paganini, que je connais donc dans ses moindres recoins,

un disque de Brel moyen format (2x 4 titres je pense), qu’on détestait étant enfants (Les bonbons, Madeleine, Au suivant…), et que mon grand frère a le premier commencé à écouter, adolescent.

un des tout premiers disque de Johnny Hallyday que j’ai adoré et que je ne renierais pas aujourd’hui sans doute, il avait une voix claire et représentait une forme de rébellion de la jeunesse d’alors envers l’ordre trop établi…

des contes de Noël

un disque de Ray Charles offert par une amie un peu exubérante (nous, on n’aurait pas choisi ça…)

un peu plus tard, il y aurait Manitas de Plata, guitare manouche

une bonne sélection.

et en petit format 45 tours,

des sketches de Fernand Raynaud et d’Henri Tisot, autre humoriste de l’époque.

Peu de choses donc, mais finalement pas si mal…

Je me souviens (17)

d’une nuit de terreur. C’était chez ma grand-mère, où j’étais de passage pendant des vacances. Je devais être lycéen. Je dormais dans la petite soupente attenante à sa pièce unique (le confort y était minimal, le sol en terre battue et l’eau courante n’arrivait que dans la boulangerie, un autre bâtiment de la ferme). Ma grand-mère, dont le lit était dans la grande pièce, dormait déjà d’un sommeil profond et j’entendais sa respiration forte. Déjà, je trouvais ça inquiétant. Puis, j’ai commencé à entendre des bruits très bizarres sous l’escalier qui menait au grenier, et qui était situé juste entre les deux pièces. Plus tard dans la nuit, comme je n’arrivais pas à dormir, j’ai nettement entendu quelqu’un qui frappait au carreau de la porte juste à côté de moi. Je fus assez content de voir venir la lumière du jour, et c’est seulement rassuré par les lueurs de ce petit matin que je réussis à m’endormir.

Aujourd’hui encore, je ne sais pas dire si cette nuit de veille passée à écouter les bruits de la maison était une construction de mon esprit…

A l’époque, la lecture du « Coeur révélateur » de Poe m’avait bien marqué.

Je me souviens (16)

d’un moment magique, un petit matin de frais soleil, au festival de Saint Chartier, il y a environ dix ans de cela, du temps où il se tenait dans le village éponyme, autour du château médiéval. Dans la rue menant au festival, un groupe de jeunes, pas frais, mais alors pas du tout, et un couple en train de danser en pleine rue, sur le son d’un violon, deux jeunes enlacés dormant debout presque, mais vivant de toute évidence un immense moment d’amour.

Je me souviens (15)

d’une petite amoureuse que j’ai eue, en colonie de vacances, alors que j’avais 7 ans. C’était au collet d’Allevard, et le séjour durait un mois. Ma copine s’appelait Sylvaine, on ne se quittait pas. et on se faisait même des bisous sur la bouche, encouragés par des moniteurs qui trouvaient ça chou…

Je me souviens (14)

d’un pique-nique au bord du canal de Gravelle. Elle portait une jolie robe un peu flottante, pas trop serrée, et des lunettes noires de starlette. Le soleil était encore haut quand on a posé le plaid dans l’herbe, il s’approchait lentement de la ligne d’horizon en haut des collines, juste devant nous. Une famille à pied est passée sur la petite route bordée de tilleuls quelques pas derrière nous. Nous nous sommes tus. Le soleil descendait doucement, la limonade était encore fraiche. Les trois enfants couraient loin devant les parents qui les suivaient en les observant. Le paysage était grand, tout doré avec des verts profonds, le silence creusait son sillon.

Plus tard, quand les myocastors et les moustiques en ont troublé la quiétude, le soleil avait disparu d’un coup, on a tout plié et l’on est reparti, par les routes ombreuses.